| TINARIWEN, nous offre un magnifique album, Amassakoul qui sort le 20 avril ! (Triban Union/Emma Prod°/Island/AZ) Voir les dates de la tournée ! Tinariwen fut le premier groupe touareg à émerger des sables sahariens. Issus du peuple nomade le plus fascinant au monde, on peut dire que ces musiciens ne pouvaient mieux rêver qu’une naissance artistique vagabonde, le long des pistes reliant le Mali, l’ Algérie et les oasis libyennes. Ou ne pouvaient rêver pire, car c’est poussés au déracinement et à l’exil par des conditions économiques et dans des circonstances politiques sévères qu’ Ibrahim, Keddu, Hassan, Enteyeden et Mohamed dit « Japonais » se sont rencontrés à la fin des années 70 pour former un ensemble appelé alors Taghreft Tinariwen ( « le groupe des déserts »). Difficile dans leur cas de parler d’une carrière, voire d’une trajectoire, tant ces vingt et quelques années ont été une somme ininterrompue de galères, de ruptures, d’incertitudes et même de combats. |
|
|
La musique et la poésie ne traversent que rarement les sentiers de la guerre. Faire le soldat ou versifier, voilà deux activités qu’il est à priori difficile de mener de front. Si les poèmes de Case d’Armon ont conservé un accent unique dans l’histoire de la littérature c’est qu’ Apollinaire les a composés pendant sa convalescence après avoir été blessé dans les tranchées de Champagne en 1916. Leur lecture prouve combien le poète en lui, bien que soumis au feu des batteries ennemies, n’a jamais reculé devant l’artilleur, poste qu’il assumait par devoir. Ainsi surgissent les chansons de Tinariwen, en embuscades derrière une dune de sable dont la crête délimite la sphère propre à l’artiste, de celle réservée à l’homme d’arme. L’image la plus saisissante devant contribuer à forger la légende de ce groupe vraiment à part reste celle de Keddu Ag Hossad, partant à l’assaut du poste militaire malien de Menaka près de la frontière nigérienne, une kalachnikov à la main, une guitare électrique dans le dos. Cette offensive du 30 Juin 1990 sera l’ amorce de la seconde rébellion touareg qui durera 3 ans et fera des milliers de victime. Pendant le conflit, Tinariwen va assumer une fonction « double lame », maquisards engagés dans la lutte de libération de la région de l’Adrar des Ifoghas, au nord du Mali, poètes musiciens se construisant style et répertoire dans les veillées d’après combat. Pareille ambiguïté encombre nos esprits rationnels peu habitués à voir des individus embrasser des vocations rivales. Pour un touareg cette nature, loin d’être duelle, confirme au contraire l’ appartenance à un peuple et le lie à une histoire. Car la poésie fut longtemps pour les gens du désert une autre façon de faire la guerre. Comme la danse, où interviennent fréquemment les sabres, en est le prolongement chorégraphié. Quand les fusils refroidissent, les rimes ne tardent jamais à siffler en relais.
Avant tout, un touareg se doit d’apprivoiser un environnement hostile, le Sahara, et une langue, le tamasheq. Rétablis dans leur contexte géographique et linguistique, les hommes du désert cessent alors d’être des touaregs - mot impropre que leur attribuèrent les arabes et qui signifie « abandonnés de Dieu »- pour devenir des imajeghen ( « hommes libres ») ou kel tamasheq (« qui parlent le tamasheq »), termes plus légitimes par lesquels se définissent leur essence et leur identité. Si la maîtrise de l’ espace a toujours découlé du contrôle des ressources d’eau, le verbe s’est quant à lui constamment abreuvé de métaphores et d’élégies.
Tinariwen est le produit de ce monde, né de la prouesse d’une langue chantée et du verdict des armes ; aussi sûrement qu’ il est le reflet de son effondrement. Deux guerres contre l’état malien (1963-1990) et une série de catastrophes écologiques ont eu raison d’un mode de vie ancestral reposant sur le nomadisme pastoral. Avec la civilisation du méhari menacée de disparition et une paix, signée en 1992, au goût amer, les chansons de Tinariwen portent le deuil de l’épopée des tribus sahariennes, et s’efforcent de deviner le futur des générations qui doivent leur survivre.
Avant Tinariwen, la notion de groupe musical n’existait même pas. Seules des ensembles ponctuels s’organisaient à la faveur des réjouissances coutumières dans les campements ou les oasis. La structure de base de ce qui s’appelait à l’origine Taghreft Tinariwen (« le groupe des déserts») fut le commando. C’est en effet dans un camp militaire libyen ouvert par le colonel Kadhafi pour accueillir et entraîner les réfugiés des pays voisins que se sont rencontrés les musiciens. Keddu, Ibrahim, Enteyeden et Mohammed dit « japonais », étaient à l’époque sous le commandement d’Iyad Ag Ghali, chef du Mouvement Populaire de l’Azawad luttant pour l’émancipation politique de la zone septentrionale du Mali. Ce même Iyad Ag Ghali ira jusqu’à financer le matériel du groupe, utilisant en contre partie certaines de leurs chansons comme outils de propagande pendant la rébellion des années 90.
Depuis ces temps inauguraux, les choses ont bien changé. Keddu est parti s’installer de l’autre côté de la frontière algérienne. Enteyeden est mort d’un cancer de la gorge. Ibrahim préside désormais aux destinées de la tribu. A ses côtés on retrouve les fidèles lieutenants : Hassan, présent dès la fin des années 70 quand la petite troupe cherchait un point d’ancrage entre Tamanrasset et la Libye; et Abdallah qui apporte sa touche personnelle et contrastée, plus romantique et contemplative. Japonais continue d’y faire des allers-retours. "TINARIWEN vient de perdre l'un de ses membres: la chanteuse Wounou WALLET OUMAR, qui assurait les chœurs avec sa soeur cadette Mina Wallet OUMAR......après une longue lutte contre la maladie, elle s’est éteinte dimanche 21 mars 2004 à l’hôpital de Bamako…..paix à son âme" |
|
publié par nadeer dans: ngspectacles
